Le Figaro interview Kader Belarbi


LE FIGARO INTERVIEW

Pour l'ancien danseur étoile du ballet de l'Opéra de Paris, aujourd'hui à la tête du Capitole de Toulouse, les ballets de région doivent être préservés.

Par Ariane Bavelier Publié le 26/01/2017

Comme Manuel Legris à la tête du Ballet de Vienne, Laurent Hilaire au Stanislavski de Moscou, Eleonora Abbagnato à Rome, Aurélie Dupont à Paris, José Martinez à Madrid ou Bruno Bouché bientôt au Ballet du Rhin, Kader Belarbi fait partie de ces danseurs ayant grandi à l'Opéra de Paris qui s'imposent comme directeurs de compagnie. À la tête du Ballet du Capitole de Toulouse depuis cinq ans, il mise sur une formule originale et croit dur comme fer au succès des ballets de région.

LE FIGARO. - Vous sentez-vous menacé par ce qui se passe à Bordeaux?

Kader BELARBI. - Nous ne sommes pas identiques au Ballet de Bordeaux, qui est une compagnie nationale, alors que nous sommes un ballet municipal, où la bienveillance des élus quant à notre projet nous vaut une constance du budget. Les perspectives que nous pouvons embrasser grâce à cela nous mettent à l'opposé de ce qui se passe à Bordeaux. Je ne sais pas quelle va être la décision concernant cette compagnie, mais on ne peut pas la laisser s'effriter. Il serait honteux et scandaleux de considérer que le Ballet de l'Opéra de Paris est le seul lieu de la danse classique en France. En Angleterre, il y a des grandes compagnies classiques dans quatre ou cinq villes. L'Allemagne en compte davantage. Notre pays doit être capable de «conserver» et de protéger la tradition de l'école française, fondamentale pour la danse classique créée par Louis XIV. En a-t-on simplement conscience?

Quelle est votre ambition pour le Capitole?

Je ne suis pas un palais doré comme le Ballet de l'Opéra de Paris, et je construis une autre histoire. Je veux montrer que cette école française n'est pas une vieille chose poussiéreuse, mais qu'elle peut inspirer l'esprit des classiques d'aujourd'hui. C'est dans ce sens que j'ai réécrit Giselle, pas après pas, en lui réinsufflant souffle et poésie, et que je suis en train de réécrire Don Quichotte. Dans ce sens aussi que je demande que la compagnie, aujourd'hui à 35 danseurs, en ait 40 pour avoir un Lac des cygnes et une Belle au bois dormant. Les ballets de région doivent pouvoir eux aussi jouer la carte des classiques. Sinon, les publics découvrent ces titres qui font rêver, et assurent des salles combles, interprétés par d'exécrables compagnies russes dans des Zéniths. Et c'est la magie de la danse qu'on assassine!

Quarante danseurs, c'est un chiffre magique?

Cela permet d'avoir le corps de ballet féminin de 18 ballerines sans lequel un classique semble ringard. Cela permet aussi de diviser la compagnie en deux le reste du temps, pour la faire tourner et augmenter nos recettes. Il n'est pas péjoratif d'être un ballet de province ou de région. Si on met toute sa conviction à servir cette carte, on peut être une vraie force de proposition en France et en Europe. D'ailleurs, le Ballet du Capitole rentre de la Maison de la danse de Lyon et tournera cette année au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, au festival de Montpellier Danse, puis, l'an prochain, au Brésil et en Chine.

Le Capitole cherche un nouveau directeur. Vous êtes consulté?

J'ai vu chacun des candidats et défendu mon projet auprès d'eux. La danse à Toulouse n'est pas une option!

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