Chorégraphie   Kader Belarbi

Librement inspirée des lettres à son frère Théo de Vincent Van Gogh

Musique Uri Caine Ensemble, Adagietto n°5 de G.Malher

Durée 14 minutes

 

 

 

“L’amour de deux frères est un soutien dans la vie, c’est une vérité universellement admise. Dès lors cherchons à resserrer ce lien et que l’expérience de la vie le fortifie, demeurons francs et sincères l’un envers l’autre, qu’il n’y ait pas de secret entre nous comme c’est le cas à présent“.                        

 

Vincent Van Gogh à Théo, mars 1897

Elégie pour violoncelle et orchestre en ut mineur Op.24 Gabriel Fauré Chorégraphie   Kader Belarbi

Durée 10 minutes

 

 

Ils s’enlacent et se déchirent, s’emmêlent et s’éloignent

dans l’entre-deux de leurs êtres.

Bach Suite II

Journal des adhérents du Cercle des Amis de Rudolf Noureev

Entretien avec Kader Belarbi

 

Ma première rencontre avec Francine Lancelot remonte à son enseignement de la danse ancienne à l’École de danse de l'Opéra de Paris. Sensible à son travail de recherche en danse baroque, j’ai par ailleurs toujours écouté beaucoup de musique baroque.

J’ai assisté aux représentations de Bach-Suite avec Rudolf Noureev au Théâtre des Champs-Élysées. Il m’en reste un vif souvenir. 

Le gala de janvier 2003 fut pour moi l’occasion de retrouvailles avec Francine et je me suis préparé dans l’esprit d’un hommage à Noureev.

Plus tard, j’ai dansé Bach-Suite pour l’hommage à Claude Bessy. Dans ce cadre-là, j’avais choisi une nouvelle version avec quatre couples de jeunes danseurs de l’école de danse.

Autour de ces deux événements articulés en quatre danses, nous arrivons à la soirée du 17 décembre 2004 et nous y avons ajouté deux danses : l’Allemande et la Courante. Une troisième aventure a alors commencé dans une nouvelle version des six danses, Bach Suite II.

J’ai tenu à respecter la règle du jeu de Francine Lancelot en dansant une première partie baroque suivie d’une partie chorégraphique personnelle. Ce choix de la fidélité m’a amené à travailler sur un propos de mémoires avec des citations directes ou indirectes. C’est une traversée de l’histoire de la danse. La difficulté a été de ne pas se noyer dans les mélanges de styles.

C’est dans cet esprit que j’ai travaillé sur ces six danses consécutives avec le violoncelliste Christophe Coin. La musique de Bach étant très architecturée et la danse baroque, très codifiée, l’une et l’autre m’ont conduit à écrire et à respecter un cadre précis comme pour un exercice de style. Bach-Suite dure une vingtaine de minutes. Cette durée doit être maîtrisée aussi bien dans les danses que dans les transitions, pour éviter toute monotonie. Francine Lancelot a souvent évoqué la solitude du danseur sur un immense plateau, même accompagné par le violoncelliste, car c’est une mise à nu, pour le danseur comme pour le chorégraphe.

S’imprégner du style de la danse baroque implique un travail de petites cellules, de petites amplitudes qui exigent vigilance et rigueur. Cette danse diffère beaucoup de la technique classique qui réclame, a contrario, de grandes amplitudes, de grands sauts.

Dans la danse baroque, le travail m’apparaît comme rétréci, un travail savamment codé de miniatures. Le jeu oscille entre la rigueur et le vivant. Il importe de respecter le langage, de trouver les énergies et la présence tout au long de cette traversée.

En travaillant avec Francine Lancelot et Françoise Denieau, nous avons abordé la littérature, l’architecture, (Louis XIV, c’est l’époque des jardins). Je pense à ces maîtres à danser, tel Feuillet, qui ont mis trente ans pour inventer une sorte de sténographie, qui se déchiffre aujourd’hui comme une partition. J’ai vraiment ressenti la richesse et le vivier que représente la danse baroque. C’est une filiation depuis l’Académie royale de danse de Louis XIV à nos jours. La technicité doit être rendue avec aisance et sans ostentation et au-delà, exprimer les humeurs les plus justes et les plus sobres.

Bach-Suite, c’est un peu comme la recherche d’un menu aux saveurs subtiles. Une harmonie partagée entre une minutie discrète et l’élégance du mouvement.

 

Propos recueillis par Hélène Ciolkovitch à Paris, le 22 novembre 2004